Lorsqu’elle apparaît à l’écran en 2018 dans « Shéhérazade » de Jean-Bernard Marlin, le public ne connaît pas encore son nom. Pourtant, la prestation de Kenza Fortas Origine est si brute, si habitée, qu’elle s’impose immédiatement comme l’une des révélations les plus marquantes du jeune cinéma français. Derrière ce surgissement soudain, il y a une histoire d’origines : origines géographiques, sociales, culturelles, mais aussi cinématographiques. Comprendre Kenza Fortas Origine, c’est comprendre comment une jeune femme, issue d’un environnement réputé « loin du cinéma », devient la voix singulière d’une génération souvent invisibilisée.
Cette réflexion sur les origines ne relève pas seulement de la curiosité biographique : elle éclaire la puissance de son jeu, son rapport aux personnages, et la manière dont son parcours bouscule les représentations habituelles à l’écran.
Une enfance marseillaise et des racines populaires

Kenza Fortas Origine est étroitement associée à Marseille, ville où elle grandit et qu’elle porte en elle, jusque dans sa façon de parler, de se mouvoir, de regarder. C’est dans cette cité méditerranéenne, aux identités multiples et aux contrastes marqués, qu’elle forge son rapport au monde. Elle y découvre très tôt la réalité des quartiers populaires : les tours, la débrouille, l’entre-soi, mais aussi la solidarité, les codes de rue, l’énergie brute d’une jeunesse qui grandit souvent loin des institutions culturelles.
Ses origines sont également celles d’une famille issue de l’immigration maghrébine, comme de nombreux habitants de Marseille. Cette double appartenance – française et nord-africaine – marque son identité, son visage, son accent, sa sensibilité. Sans qu’elle en fasse un étendard, cela nourrit sa manière d’habiter des personnages qui, souvent, ne sont que des silhouettes dans l’imaginaire collectif : jeunes filles de quartier, mineures en rupture, adolescentes errantes. Chez elle, ces figures prennent corps, voix et complexité.
L’«Kenza Fortas Origine, n’est donc pas un simple lieu de naissance ni une fiche d’état civil. C’est un ancrage dans un environnement social et culturel précis : celui des classes populaires urbaines, où l’on croise plus souvent des éducateurs, des contrôleurs de bus et des policiers que des directeurs de casting.
Une entrée dans le cinéma par la marge

Ce qui rend le parcours de Kenza Fortas Origine singulier, c’est qu’elle ne vient pas du tout du circuit habituel des comédiennes françaises : pas de conservatoire prestigieux, pas de famille « du métier », pas d’agent repérant un talent dans un cours amateur huppé. Elle est repérée dans le cadre d’un casting sauvage pour le film « Shéhérazade ». Le réalisateur, Jean-Bernard Marlin, cherche alors des jeunes non-professionnels de Marseille pour incarner au plus près l’univers de son film, inspiré de faits réels et situé dans les quartiers nord de la ville.
Le casting sauvage, pratique fréquente dans certains films réalistes, est à la fois une chance et un pari. Pour Kenza, c’est une porte inattendue qui s’ouvre. Le cinéma, jusqu’alors, ne faisait pas vraiment partie de ses perspectives de vie. Pourtant, lorsqu’elle se présente aux essais, quelque chose se passe : une justesse, une présence, une manière de se tenir devant la caméra qui frappent l’équipe du film. Ce n’est pas un « jeu » au sens classique du terme, mais une forme de vérité désarmante, presque documentaire, qui colle à la démarche du réalisateur.
Ainsi, l’une des origines les plus décisives de la carrière de Kenza Fortas Origine, c’est cette rencontre fortuite entre une jeune fille de quartier et un projet de cinéma exigeant, décidé à sortir des sentiers battus. C’est aussi, en creux, la démonstration de ce que le cinéma français peut gagner lorsqu’il accepte de regarder hors de ses cénacles habituels, et de considérer comme légitimes des visages et des accents longtemps tenus à distance.
« Shéhérazade » : la naissance publique d’une actrice

Dans « Shéhérazade », Kenza Fortas Origine incarne le rôle-titre : une adolescente fugueuse, prostituée occasionnelle, indépendante, farouche, qui rencontre un jeune délinquant sortant de prison. L’histoire se déroule entre les rues, les hôtels miteux, les périphéries, loin des cartes postales touristiques de Marseille. Le film est cru, souvent dur, mais jamais misérabiliste ; il laisse ses personnages exister dans toute leur vivacité, leur humour, leurs contradictions.
La performance de Kenza Fortas Origine frappe par sa spontanéité apparente et sa profondeur émotionnelle. Elle ne « joue » pas Shéhérazade comme un rôle tragique ; elle l’habite comme un être humain qu’elle semble connaître intimement. Son accent marseillais, ses expressions, sa manière de réagir aux situations donnent au film une authenticité rare. Le spectateur a l’impression de surprendre la vie plutôt que d’assister à une reconstitution.
On pourrait penser que cette fusion entre l’actrice et le personnage tient exclusivement à leurs origines communes : mêmes quartiers, même langue, même milieu. Mais ce serait réduire le travail de Kenza Fortas Origine à une simple extension de sa propre vie. C’est au contraire là que naît vraiment son métier de comédienne : dans cette capacité à transformer une proximité d’expérience en incarnation nuancée, à accepter la vulnérabilité de la caméra sans se réfugier derrière un masque.
Le monde du cinéma ne s’y trompe pas. En 2019, Kenza Fortas Origine reçoit le César du meilleur espoir féminin pour son interprétation. Elle passe brutalement du quasi-anonymat à la lumière des récompenses, des interviews, des tapis rouges. Là encore, ses origines sociales et géographiques sont au cœur des réactions du public et des médias : on s’enthousiasme pour cette jeune inconnue de Marseille qui, sans « réseau » ni formation classique, tient tête à des actrices confirmées. Cette visibilité, si brutale soit-elle, devient une part constitutive de son identité publique.
Représentations, clichés et renversements
La question de l’origine ne se limite pas, Kenza Fortas Origine, à un simple sujet de portrait biographique ; elle touche à celle des représentations au cinéma. Pendant longtemps, les jeunes femmes issues de l’immigration maghrébine, vivant dans les quartiers populaires, ont été cantonnées à des rôles très stéréotypés : sœur voilée, « beurrette » sexualisée, fille de cité en colère, ou, à l’inverse, élève méritante qui « s’en sort » en se conformant à des normes sociales dominantes.
Avec Shéhérazade, Kenza Fortas Origine endosse un personnage qui pourrait, au premier regard, sembler prisonnier de nouveaux clichés : la mineure prostituée, la « fille de la rue ». Mais la manière dont elle le joue, et dont le film la filme, renverse les codes habituels. Shéhérazade n’est ni une victime pure, ni une figure exotisée ; c’est une jeune fille contradictoire, parfois dure, parfois tendre, souvent perdue, mais jamais réduite à une fonction narrative. Elle a de l’humour, une forme de fierté, une capacité d’aimer, des failles. Autrement dit, elle est écrite et jouée comme un personnage à part entière, et non comme un symbole.
Ce renversement doit beaucoup à l’origine même du film : une volonté de montrer un univers trop souvent caricaturé, en allant chercher des acteurs parmi ceux qui le connaissent de l’intérieur. Kenza Fortas Origine, par sa présence, donne chair à cette ambition. Son origine devient alors une ressource artistique : loin de l’enfermer, elle lui permet de crever l’écran en rendant visibles des nuances qu’un regard extérieur aurait sans doute manquées.
Entre fidélité à ses racines et construction d’une carrière
L’après-César pose cependant une autre question : comment une jeune actrice d’origine populaire, repérée pour un rôle très ancré dans son milieu, peut-elle bâtir une carrière qui ne l’enferme pas dans la répétition du même personnage ? C’est l’enjeu de nombreux talents issus de castings sauvages : l’industrie les célèbre pour leur « authenticité », mais peine parfois à leur offrir d’autres registres de jeu.
Pour Kenza Fortas Origine, l’équilibre à trouver est délicat. D’un côté, ses origines font partie de ce qui la distingue, de ce qui la rend précieuse dans un paysage cinématographique encore très homogène socialement. De l’autre, elle doit pouvoir exister comme actrice à part entière, capable d’interpréter une variété de rôles, sans se voir assignée pour toujours à la figure de la « jeune de cité ».
Cette tension reflète une réalité plus large : celle de la difficulté persistante, en France, à offrir aux acteurs et actrices issus des classes populaires une diversité de personnages, au-delà des rôles de banlieue ou des récits « sociaux ». Les origines de Kenza Fortas Origine, loin de n’être qu’un détail biographique, interrogent donc le fonctionnement structurel du cinéma français : qui raconte les histoires ? qui les incarne ? qui est autorisé à sortir de ses cases supposées ?
Ce que Kenza Fortas raconte de la France contemporaine
À travers le parcours de Kenza Fortas Origine, se dessine en filigrane un portrait de la France d’aujourd’hui. Une France faite de métissages, de quartiers populaires, de parcours scolaires parfois chaotiques, de rapports compliqués aux institutions, mais aussi de talents bruts, de résistances, de désirs de s’exprimer autrement.
Son émergence au cinéma témoigne d’une lente évolution des mentalités : on commence à reconnaître qu’un visage marseillais, un accent de quartier, une origine maghrébine ne sont pas des obstacles à la légitimité artistique, mais des composantes riches d’une nouvelle génération de comédiens. Ces artistes portent, parfois malgré eux, la responsabilité de rendre visible une France qu’on a longtemps préférée hors champ, sauf lorsqu’il s’agissait de la réduire à quelques stéréotypes commodes.
En même temps, le cas de Kenza Fortas Origine rappelle que ces percées restent encore fragiles et exceptionnelles. La nécessité de multiplier les voies d’accès au métier – castings ouverts, travail en ateliers, collaborations avec des structures éducatives et sociales – apparaît évidente si l’on veut que son histoire ne soit pas seulement celle d’une « exception », mais le signe d’un mouvement de fond.
Origines et avenir : une trajectoire à suivre
Parler de « Kenza Fortas Origine », ce n’est donc pas seulement se demander d’où elle vient, mais aussi vers quoi elle peut aller. Ses racines marseillaises et populaires, loin de la limiter, constituent un socle à partir duquel ses choix futurs seront d’autant plus significatifs. Si elle parvient à naviguer entre fidélité à ce qu’elle est et ouverture à d’autres univers de jeu, elle pourra incarner une figure rare : celle d’une actrice capable de passer de la chronique sociale à d’autres registres, sans renier ce qui fait la singularité de sa présence à l’écran.
Son apparition fulgurante dans « Shéhérazade » a déjà laissé une empreinte durable, en prouvant qu’une grande interprète peut naître loin des circuits traditionnels. La suite dépendra des rencontres, des projets, mais aussi de la capacité du cinéma français à se montrer à la hauteur de ce qu’elle représente : non seulement un talent, mais le symbole vivant d’origines longtemps tenues à la marge de la fiction.
En définitive, les origines de Kenza Fortas Origine ne constituent ni un fardeau ni un simple décor biographique ; elles sont le point d’appui d’une parole nouvelle au sein du cinéma français. Là où d’autres auraient vu une frontière – sociale, géographique, culturelle –, elle a trouvé un passage. C’est au public, aux cinéastes et aux institutions de faire en sorte que ce passage ne se referme pas, et que d’autres Kenza puissent, à leur tour, transformer leurs origines en force de création.
