Dans le paysage bouillonnant de la French Tech, certains parcours détonnent et inspirent. Celui de Julie Desbuquois en est une parfaite illustration. Loin des trajectoires linéaires et des cursus formatés, elle incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs qui puisent leur force dans une expertise transversale et une vision pragmatique des besoins du marché. Ancienne avocate d’affaires, elle est aujourd’hui la co-fondatrice et CEO de Cleaq, une start-up en pleine ascension qui ambitionne de révolutionner la manière dont les entreprises s’équipent et gèrent leur matériel technologique.
Son histoire n’est pas seulement celle d’une réussite entrepreneuriale ; elle est le reflet d’une observation fine des angles morts de l’économie moderne et d’une volonté farouche de les adresser avec une solution simple, flexible et efficace. Comprendre le parcours de Julie Desbuquois, c’est plonger au cœur des défis des PME et des start-ups, et découvrir comment une idée, née d’un irritant quotidien, peut se transformer en une entreprise valorisée à plusieurs dizaines de millions d’euros. Portrait d’une entrepreneure qui a troqué le Code civil pour le code de la croissance.
Des prétoires aux bureaux de la Tech : une reconversion audacieuse
Avant de devenir une figure reconnue de l’écosystème Legaltech et FinTech, Julie Desbuquois a passé plusieurs années dans un univers bien différent : celui des cabinets d’avocats d’affaires parisiens. Spécialisée en fusions-acquisitions et en droit des sociétés, elle conseille au quotidien des entreprises de toutes tailles, des start-ups aux grands groupes. Un poste prestigieux, exigeant, qui lui offre une place aux premières loges pour observer la mécanique interne des organisations.
Cette expérience s’avérera être la pierre angulaire de son futur projet. Jour après jour, au fil des dossiers, elle développe une compréhension intime des défis auxquels les dirigeants sont confrontés. Au-delà des aspects purement juridiques, elle touche du doigt les problématiques opérationnelles, financières et administratives qui freinent leur développement. La rigueur analytique, l’art de la négociation, la capacité à structurer des montages complexes : autant de compétences acquises sur les bancs du droit qui forgeront sa vision d’entrepreneure.
Pourtant, un sentiment de décalage grandit. Si son métier consiste à sécuriser et à optimiser la structure des entreprises, elle constate que de nombreux problèmes, plus concrets et quotidiens, restent sans réponse adéquate. C’est là que le déclic s’opère.
Le constat : une faille dans l’écosystème des PME et start-ups
Le point de bascule de sa carrière naît d’une observation récurrente. Qu’il s’agisse d’une jeune pousse en phase d’amorçage ou d’une PME établie, une difficulté majeure revient sans cesse : la gestion des équipements technologiques. Ordinateurs portables, smartphones, tablettes… Ces outils, absolument essentiels à la productivité, représentent un véritable casse-tête pour les structures qui ne disposent pas d’un service informatique dédié ou d’une direction financière pléthorique.
Julie Desbuquois identifie alors un problème à plusieurs facettes :
- Le fardeau financier : L’achat d’un parc informatique représente un investissement initial lourd (CAPEX) qui pèse sur la trésorerie. Pour une start-up, mobiliser des milliers d’euros pour des MacBooks est un capital qui ne sera pas investi dans la croissance, le marketing ou le recrutement. Le financement d’équipement professionnel traditionnel est souvent rigide et peu adapté à la flexibilité requise par ces entreprises.
- La charge administrative : Acheter le matériel n’est que la première étape. Viennent ensuite les contrats d’assurance, la gestion des garanties, le suivi des actifs, les réparations… Un ensemble de tâches chronophages et à faible valeur ajoutée qui détournent les fondateurs et leurs équipes de leur cœur de métier.
- Le manque de flexibilité : Une start-up peut doubler ses effectifs en six mois. Une PME peut avoir besoin de s’adapter rapidement aux nouvelles formes de travail, comme le télétravail. Le modèle de l’achat est par nature rigide. Que faire des ordinateurs des salariés qui partent ? Comment équiper rapidement les nouveaux arrivants avec le bon matériel, préconfiguré et sécurisé ?
Ce constat est sans appel. Il existe un angle mort sur le marché, un besoin non satisfait pour une solution intégrée qui transformerait ce fardeau en un service fluide. L’idée de Cleaq commence à germer. Ce n’est plus seulement un problème qu’elle observe chez ses clients, c’est une opportunité qu’elle décide de saisir.
La naissance de Cleaq : une réponse concrète aux angles morts de la gestion

Forte de ce diagnostic, Julie Desbuquois s’associe à Maël Le Mée pour co-fonder Cleaq en 2018. L’ambition est claire : créer la première solution “tout-en-un” qui permette aux entreprises de s’équiper, de gérer et de renouveler leur matériel technologique via un simple abonnement mensuel. L’idée est de transposer le modèle du “Software as a Service” (SaaS) au monde du matériel, créant ainsi le “Device as a Service” (DaaS).
Le nom “Cleaq” n’est pas anodin. Il évoque la clarté, la simplicité, le “clic” qui résout un problème complexe. C’est l’essence même de la proposition de valeur de l’entreprise : rendre la gestion de flotte entreprise aussi simple que de s’abonner à un service en ligne.
Simplifier pour accélérer : la philosophie de Cleaq
Le modèle de Cleaq repose sur un triptyque de services, fusionnés en une seule offre. Pour un coût mensuel fixe par appareil, l’entreprise cliente bénéficie :
- Du financement : Cleaq finance l’acquisition des équipements (Apple, Dell, Microsoft, etc.), permettant aux entreprises de préserver leur trésorerie et de transformer une dépense d’investissement (CAPEX) en une dépense de fonctionnement (OPEX), plus facile à gérer et à budgétiser.
- De l’assurance et de la maintenance : Chaque appareil est couvert par une assurance casse et vol, sans franchise. En cas de problème, Cleaq s’engage à réparer ou à remplacer l’appareil en 24 heures, partout en Europe. Ce service est crucial pour garantir la continuité de l’activité et la productivité des employés.
- De la gestion de flotte : Via une plateforme dédiée, les dirigeants ou les office managers peuvent suivre leur parc en temps réel, gérer les attributions aux employés, commander de nouveaux appareils et organiser les retours. Cleaq prend également en charge la préparation des ordinateurs (MDM – Mobile Device Management) et leur effacement sécurisé en fin de cycle.
Cette approche intégrée est ce qui distingue fondamentalement Cleaq de ses concurrents, qu’il s’agisse de simples loueurs financiers ou de revendeurs informatiques. L’entreprise ne vend pas un produit, mais une tranquillité d’esprit. Elle s’adresse directement au dirigeant de PME ou au fondateur de start-up en lui disant : “Concentrez-vous sur votre croissance, nous nous occupons du reste.”
Un modèle économique disruptif au service de la flexibilité
En choisissant le modèle de l’abonnement, Julie Desbuquois et son équipe ont parfaitement saisi l’évolution des mentalités. À l’ère de l’économie de l’usage, la possession perd de son attrait au profit de la flexibilité et du service. Pour une entreprise en hyper-croissance, pouvoir ajuster son parc informatique à la hausse comme à la baisse, sans contrainte, est un avantage compétitif majeur.
Ce modèle répond également aux enjeux de l’économie circulaire. En fin de contrat, Cleaq récupère les appareils, efface les données de manière certifiée, puis les reconditionne pour leur donner une seconde vie. Cette dimension durable, de plus en plus valorisée par les entreprises et leurs employés, ajoute une corde supplémentaire à l’arc de la jeune pousse.
Le succès est rapidement au rendez-vous. La solution trouve un écho immédiat auprès des start-ups, des scale-ups et des PME innovantes, qui voient en Cleaq un partenaire aligné sur leur culture d’agilité et d’efficacité.
Julie Desbuquois, une CEO au cœur de la stratégie et de la croissance
En tant que CEO, Julie Desbuquois n’est pas seulement le visage de Cleaq, elle en est le moteur stratégique. Son passé d’avocate lui confère une capacité unique à naviguer dans les complexités du financement, des partenariats et de la structuration de l’entreprise. C’est elle qui pilote les levées de fonds successives, étapes cruciales pour alimenter la croissance exponentielle de la société.
En 2022, Cleaq frappe un grand coup en annonçant une levée de fonds de 27 millions d’euros, mêlant fonds propres (equity) et dette. Cette opération témoigne de la confiance des investisseurs dans le modèle de l’entreprise et dans la vision de sa dirigeante. Ces fonds sont destinés à accélérer le développement commercial, à enrichir la plateforme technologique et à préparer une expansion européenne.
Sa vision du leadership, axée sur l’autonomie et la confiance, se reflète dans la culture d’entreprise de Cleaq. Elle prône un management transparent et responsabilisant, essentiel pour attirer et retenir les talents dans un secteur aussi compétitif que la Tech. Elle-même incarne cette double culture : l’exigence et la rigueur héritées du monde du droit, alliées à l’agilité et à l’esprit d’innovation propres à l’univers des start-ups.
Gérer l’hyper-croissance est un défi en soi. Cela implique de structurer les équipes, de maintenir la qualité de service à grande échelle et de ne jamais perdre de vue la mission originelle. Julie Desbuquois semble naviguer ces eaux tumultueuses avec une détermination et une clarté remarquables, gardant toujours le cap sur la satisfaction client, qu’elle considère comme le principal indicateur de performance.
Plus qu’une entrepreneure : une voix influente dans l’écosystème
Au-delà de la réussite de Cleaq, Julie Desbuquois s’est progressivement imposée comme une voix qui compte dans l’écosystème technologique français. Son parcours atypique et sa réussite font d’elle un modèle, en particulier pour les femmes qui aspirent à entreprendre dans un milieu encore majoritairement masculin.
Elle prend régulièrement la parole dans les médias et les conférences pour partager son expérience, sans fard. Elle n’hésite pas à aborder les difficultés de la vie d’entrepreneur, la solitude du dirigeant, l’équilibre précaire entre vie professionnelle et vie personnelle. Cette authenticité et cette transparence contribuent à démystifier la figure de l’entrepreneur “super-héros” et à la rendre plus accessible.
Le plaidoyer pour un entrepreneuriat plus inclusif
En tant qu’entrepreneure à la tête d’une entreprise technologique à forte croissance, elle est une source d’inspiration. Consciente de ce rôle, elle encourage activement une plus grande mixité dans la Tech. Elle met en avant les bénéfices de la diversité dans les équipes, non seulement comme un impératif éthique, mais aussi comme un puissant levier de performance et d’innovation.
Son message est clair : les parcours non traditionnels sont une force. Avoir été avocate, médecin, artiste ou chercheur avant de créer son entreprise n’est pas un handicap, mais un atout différenciant. C’est cette richesse des expériences qui permet de voir les problèmes sous un angle nouveau et d’inventer des solutions véritablement disruptives.
Son influence dépasse le simple cadre de Cleaq. Elle participe au débat public sur l’avenir du travail, la place de la technologie dans la société et les conditions nécessaires pour faire de la France un leader de l’innovation. Elle défend une technologie au service de l’humain, une technologie qui libère du temps et de l’énergie pour se concentrer sur ce qui a de la valeur.
Les défis à venir et la vision pour le futur de Cleaq
Le chemin parcouru par Cleaq en quelques années est impressionnant, mais les défis à venir sont tout aussi importants. Le marché de la gestion de flotte d’entreprise et du financement d’équipement professionnel attire de nouveaux acteurs, et la concurrence s’intensifie. Pour conserver son avance, Cleaq devra continuer à innover, à enrichir son offre de services et à optimiser son expérience client.
L’expansion internationale est l’un des chantiers majeurs. S’implanter dans de nouveaux pays européens représente un défi logistique, réglementaire et culturel. La capacité de Julie Desbuquois et de ses équipes à adapter leur modèle tout en conservant leur ADN sera déterminante.
La vision à long terme reste cependant inchangée : devenir la plateforme de référence pour la gestion de l’ensemble des équipements de travail, bien au-delà des seuls ordinateurs et téléphones. Demain, Cleaq pourrait gérer le mobilier de bureau, les équipements de visioconférence ou même les vélos de fonction, toujours avec cette même promesse de simplicité et de flexibilité.
Le parcours de Julie Desbuquois est loin d’être terminé. De son bureau d’avocate où elle a identifié un problème systémique, à son rôle de CEO d’une des start-ups les plus prometteuses de la French Tech, elle a su transformer une frustration en une formidable aventure entrepreneuriale. Son histoire démontre avec force que l’innovation ne naît pas toujours dans un garage de la Silicon Valley, mais souvent d’une écoute attentive du monde réel et d’une volonté inébranlable de le rendre plus simple. Au-delà des chiffres et des levées de fonds, le parcours de Julie Desbuquois est avant tout le récit d’une vision : celle d’un monde professionnel où la technologie n’est plus un fardeau, mais un véritable levier de liberté et de croissance.
