Une venue préparée depuis trois ans
On a trop souvent raconté l’arrivée de maison David Hockney Normandie comme un hasard du confinement, une fuite forcée loin de Los Angeles et des foules. Ce récit est faux. L’artiste cherchait ce lieu depuis trois ans déjà.
En 2017, après avoir terminé une série de paysages du Yorkshire, il avait déclaré à son ami et commissaire Jean-Pierre Gonçalves de Lima : « J’ai eu assez de lumières qui se montrent. Je veux une lumière qui se cache, qui ne se dévoile que si on sait la attendre. » Il avait eu marre de la lumière brute de la Californie, qui fixe les couleurs comme un sceau, de la lumière rude des landes du Nord de l’Angleterre, qui casse les contours des collines. Il cherchait un endroit où la lumière serait un partenaire, pas un décor.
Gonçalves de Lima l’a guidé à travers une dizaine de fermes-manoirs abandonnés de la Seine-Maritime, jusqu’à ce qu’ils poussent la porte de La Grande Cour, en février 2020, trois semaines avant le premier confinement. Hockney n’a pas regardé les pièces spacieuses ni le jardin. Il a marché directement vers la fenêtre du premier étage, a posé sa main sur la barre de fer forgé, et a attendu quinze minutes en silence. Quand la lumière du soleil a traversé la vitre dépoli et a touché sa paume, il a simplement dit : « C’est ici. »
La maison qui a gardé son journal
La Grande Cour n’est pas un manoir rénové pour les photos de magazines. C’est un bâtiment du XVIIe siècle, construit par un agent de fermier général qui avait fait fortune dans la vente de blé, abandonné pendant douze ans après la mort de sa dernière propriétaire, Mme Dubois, institutrice à Saint-Romain-de-Colbosc jusqu’en 2012.
maison David Hockney Normandie, il a trouvé dans la cuisine un carnet de notes jauni, relié par un fil de coton, où la vieille femme notait chaque jour la température à l’aube, le nombre de feuilles tombées sur la pelouse, le cri des merles qui venaient boire à la fontaine du jardin. Il a lu ce carnet tous les soirs pendant un mois, avant de toucher son iPad pour la première fois dans ce lieu. « Cette maison avait déjà un journal », a-t-il expliqué plus tard. « Je n’ai pas eu à l’inventer. J’ai juste continué de l’écrire, mais avec de la peinture. »
Il a refusé toute rénovation qui aurait modifié la trajectoire de la lumière. Il a fait réparer la toiture qui fuyait depuis cinq ans, mais a refusé de remplacer le papier peint floral fané du salon, datant des années 1970. « Si je change ce papier peint, je change la façon dont la lumière se réfléchit dessus », a-t-il dit au menuisier qui lui avait proposé de le renouveler. Il a gardé la table de bois rayée par des décennies de couteaux, la radio Poste ancien qui ne capte plus que la station de Caen, les assiettes de Limoges que Mme Dubois avait héritées de sa grand-mère.
Contre Monet : la lumière qui ne se contrôle pas

Contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas Monet qui l’a attiré maison David Hockney Normandie. Il a visité Giverny une seule fois, en 1985, et a déclaré que c’était « un jardin fait pour peindre, pas pour regarder ». Monet avait construit son paysage pour contrôler la lumière, pour créer des tableaux parfaitement composés, où chaque reflet d’eau était calculé.
Maison David Hockney Normandie, lui, veut la lumière qui arrive par hasard : celle qui traverse une fissure du mur de pierre pour se poser sur une assiette de Limoges pendant deux minutes, celle qui se cache sous le brouillard jusqu’à 9 heures du matin, celle qui touche la cime du chêne centenaire du jardin pendant exactement trois secondes chaque soir. « Monet était un architecte de la lumière », dit-il. « Moi, je suis son secrétaire. Je note ce qu’elle fait, sans la commander. »
Il a des coins secrets dans la maison, des lieux où il va se préparer à peindre. Le premier est le placard sous l’escalier, petit et sombre, où il garde ses vieux crayons de la Royal College of Art, datant de 1962, et un carnet de croquis où il a dessiné son premier arbre quand il avait 25 ans. Il y passe cinq minutes chaque matin, en silence, pour se rappeler que « je ne dois pas peindre ce que je sais, mais ce que je vois ».
L’autre coin secret est le puits du jardin, recouvert d’une dalle de pierre. Il s’assied dessus tous les dimanches matin, pendant une heure, sans rien faire. « On entend l’eau en dessous, elle bouge toujours à la même vitesse, même quand le vent souffle à 80 kilomètres à l’heure, même quand la neige couvre tout », explique-t-il. « C’est la seule chose ici qui ne change pas. Ça me rappelle que la lumière change, mais que le temps continue. »
La maison porte la mémoire des autres

Il a découvert l’histoire secrète de La Grande Cour l’été 2023, quand l’archiviste du village est venu le voir avec un dossier de la Résistance. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la maison avait été utilisée comme refuge pour des combattants qui se cachaient dans la cave. L’un d’eux avait gravé une petite croix dans la porte d’un placard de la cuisine, en 1943, pour signaler que c’était un lieu sûr.
Hockney n’a pas fait retoucher la croix. Au contraire, il a peint autour d’elle un petit bouquet de coquelicots, la fleur de la Résistance normande, sans la recouvrir. « Je n’ai pas le droit d’effacer ce que quelqu’un a fait ici avant moi », a-t-il déclaré. « Cette croix fait partie de la maison, comme le chêne, comme la lumière. »
Plus tard, un vieux fermier du village lui a apporté un sac de pommes de terre, et a dit : « Mon père a travaillé ici dans les années 1930, il coupait le bois pour la cheminée. Il aurait été content de savoir qu’un homme peint ici. » Hockney a accroché un petit croquis de ce fermier sur le mur de la cuisine, à côté des assiettes de Limoges.
Le voisin discret de Saint-Romain-de-Colbosc
Les villageois de Saint-Romain-de-Colbosc ne le considèrent pas comme une star internationale. Ils le connaissent comme « maison David Hockney Normandie », le vieil homme qui vient acheter son pain tous les matins chez Mme Leroy, la boulangère, qui donne des petits tableaux formatés aux enfants qui viennent lui montrer leurs dessins, qui aide le fermier du coin à réparer la clôture de son pré quand il pleut trop.
Un jour, une petite fille de 7 ans, élève de l’école primaire du village, est venue le voir avec un dessin de chêne qu’elle avait fait. Hockney lui a montré l’un de ses tableaux de la fenêtre du premier étage, et la fillette a dit : « Monsieur, tu peins la lumière comme on dessine des amis. » L’artiste a eu les yeux humides. « C’est la meilleure critique que j’ai jamais eu », a-t-il dit plus tard. « Parce que la lumière n’est pas un sujet. C’est un ami. »
La plus belle œuvre : apprendre à écouter la lumière
Aujourd’hui, à 88 ans, maison David Hockney Normandie parle plus de rentrer à Los Angeles ni au Yorkshire. Il dit que La Grande Cour est « la première maison qui me laisse regarder, au lieu de me demander de peindre ce qu’elle veut être ».
Il se lève à 5h15 tous les matins, boit un thé anglais sucré, puis va s’asseoir sur le fauteuil de cuir marron qu’il a emmené de sa maison du Yorkshire, aligné exactement avec la barre de fer de la fenêtre du premier étage. Il peint pendant quatre heures, jusqu’à ce que la lumière change de direction.
Ce soir-là, il a ajusté la position du fauteuil pour la sixième fois, attendu trois secondes, puis a peint sur son iPad le moment où le soleil a touché la cime du chêne centenaire. Quand il a fini, il a montré l’écran : un point de lumière doré sur une branche noire, dans un ciel gris pâle. « C’est ça », a-t-il dit. « C’est ce moment-là. Je l’ai gardé. »
La maison de maison David Hockney Normandie n’est pas une œuvre d’art. C’est un outil de regard. Un lieu où l’artiste a appris à arrêter de commander la lumière, et à l’écouter. Un lieu où la histoire de ceux qui ont vécu ici avant lui se mélange à la sienne, dans la lumière qui traverse les vitres dépoli.
